Edito de notre évêque : été 2020
Article mis en ligne le 1er novembre 2018
dernière modification le 2 juillet 2020

par Philippe Pellicier

Avec de la laque d’Or…

Ce que nous vivons depuis plusieurs mois est une expérience humaine et spirituelle, inédite et hors du commun. La vie a repris, mais notre esprit n’est pas le même. Le monde d’après le confinement ressemble à celui d’avant mais pas vraiment. Quelque chose est en train de changer dans nos vies. Parmi les mots qui sont employés aujourd’hui, il y en a un qui prend de l’importance, le mot « casse ».
Il y a, entend-on, de la casse économique, psychologique, sociale, physique... Toutes les dimensions de la vie sont touchées. Comme une céramique tombée qui est en mille morceaux ! Que sommes-nous alors en train de reconstruire ? Peut-être pourrions-nous être inspirés par le kintsugi, art japonais pour lequel une céramique en morceaux ne signifie pas sa fin ou sa mise au rebut, mais un renouveau. Il ne s’agit pas de cacher les réparations, mais de mettre celles-ci en avant. Souvent la réparation se fait à la laque d’or. Tout dépend alors de l’habileté du restaurateur.
Il y a déjà cinq ans, dans son encyclique « Loué Sois-Tu », le pape François annonçait cette nouvelle œuvre à construire. C’était l’« acte 1 d’une nouvelle civilisation » disait Edgar Morin. Dans le dernier chapitre le pape appelle à un nouveau style de vie (N°202 à 246). Je nous invite à le relire.
Le pape nous indique ce que peuvent être ces filets de laque d’or qui vont donner une nouvelle allure à notre monde. Beaucoup de choses doivent être réorientées, mais avant tout l’humanité a besoin de changer. « La conscience d’une origine commune, d’une appartenance mutuelle et d’un avenir partagé par tous, est nécessaire. Cette conscience fondamentale permettrait le développement de nouvelles convictions, attitudes et formes de vie » (N° 202).
Il ne s’agit ni plus ni moins que de savoir mettre, là où il faut, les limites dans nos modes de vie. « Nous possédons trop de moyens pour des fins limitées et rachitiques. » (N° 203). Quand nous sommes capables de dépasser l’individualisme, un autre style de vie peut réellement se développer et un changement important devient possible dans la société. » (N° 208) ».
Le pape propose une spiritualité écologique enracinée dans notre foi. Elle implique d’abord « gratitude et gratuité, c’est-à-dire une reconnaissance du monde comme don reçu de l’amour du Père, ce qui a pour conséquence des attitudes gratuites de renoncement et des attitudes généreuses même si personne ne les voit ou ne les reconnaît » (N° 220). « Un vieil enseignement, présent dans diverses traditions religieuses, et aussi dans la Bible, affirme que “moins est plus” (…) Cela suppose d’éviter la dynamique de la domination et de la simple accumulation de plaisirs. » (N° 222) « La sobriété, qui est vécue avec liberté et de manière consciente, est libératrice. » (N° 223)
Etre humble est alors vital. L’absence d’humilité, quand l’homme désire tout dominer, est dramatique puisqu’en voulant se rendre autonome il exclut Dieu de sa vie, son « moi » prenant sa place, croyant que c’est sa propre subjectivité qui détermine ce qui est bien ou ce qui est mauvais. (N° 224) « Il faut reprendre conscience que nous avons besoin les uns des autres ». (N° 229)
Il rappelle que « Les Sacrements sont un mode privilégié de la manière dont la nature est assumée par Dieu et devient médiation de la vie surnaturelle », tout particulièrement l’Eucharistie. (N° 235-236) Et il y a le dimanche offert « comme le jour de la purification des relations de l’être humain avec Dieu, avec lui-même, avec les autres et avec le monde ». Il est « le jour de la résurrection, le “premier jour” de la nouvelle création, dont les prémices sont l’humanité ressuscitée du Seigneur, gage de la transfiguration finale de toute la réalité créée. (…) » mais « L’être humain tend à réduire le repos contemplatif au domaine de l’improductif ou de l’inutile, en oubliant qu’ainsi il retire à l’œuvre qu’il réalise le plus important : son sens » (N° 237).
Mgr Eric de Moulins-Beaufort n’a pas hésité à proposer au Président de la République d’instituer un dimanche mensuel « confiné » (lettre au Président de la République pp 24-25.)
Nous avons de l’or entre les mains. Saurons-nous bien l’utiliser pour reconstruire ? Soutenons-nous ! Lisons et relisons « Loué Sois-Tu » ! Faisons-le durant les mois de juillet et d’août !

Mgr Philippe BALLOT
Archevêque de Chambéry
Évêque de Maurienne et de Tarentaise.